Transformer la colère du Canada en action
Par Lasse Gustavsson, président-directeur général d’Ocean Wise
En tant que Suédois vivant au Canada, j’ai pris l’habitude d’entendre “désolé” une douzaine de fois par jour. Désolé d’avoir coupé la file d’attente au café. Désolé d’être en retard. Et ‘sorry’ pour avoir causé une scène. J’aime cet aspect de la culture canadienne. Il résonne avec mes sensibilités nordiques, avec la conviction que la gentillesse est presque aussi importante que la victoire.
Presque, mais pas tout à fait.
Depuis que j’ai déménagé à Vancouver il y a 6 ans, j’ai appris que sous cette politesse se cache une force. Une force qui donne la priorité à ce qui est juste, même quand c’est difficile.
En tant que directeur général d’un groupe environnemental basé à Vancouver, en Colombie-Britannique, j’ai vu cela se produire à d’innombrables reprises dans le monde de la conservation des océans. Les grandes entreprises de produits de la mer font un effort supplémentaire pour s’assurer que leurs produits sont responsables, parce qu’elles savent que cela signifie des stocks de poissons plus importants. Les sociétés d’observation des baleines gardent leurs distances avec les baleines en danger, car elles connaissent le risque qu’il y a à s’en approcher de trop près. Et les fabricants de détergents qui empruntent la voie la plus difficile pour mettre au point des produits qui éliminent les déchets plastiques.
Une force mondiale au service du bien
Cet instinct qui consiste à combiner le bien et le bon est l’étoile polaire du Canada depuis des générations. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un élément clé des conclusions d’Ipsos pour 2024, selon lesquelles le Canada est considéré comme “lepremier pays susceptible d’exercer une influence positive sur les affaires mondiales au cours de la prochaine décennie”.
Malheureusement, on a l’impression que les bons instincts des Canadiens sont menacés par l’évolution de la politique mondiale et la chute de l’économie nationale. Les Canadiens sont blessés et en colère. De plus en plus, il semble que les gens et les entreprises canalisent cette colère dans l’isolement. Plutôt que d’œuvrer pour le monde que nous voulons, nous tournons en rond et nous nous préparons à l’incertitude.
Dans le domaine de la conservation, cela s’est traduit par une réduction du financement de la recherche et des programmes. Cette nouvelle est très médiatisée aux États-Unis, mais je ne suis pas sûr que beaucoup de gens comprennent l’impact direct qu’elle a sur les ONG canadiennes. La National Fish and Wildlife Foundation a réduit le financement de ses activités des deux côtés de la frontière et, comme l’a rapporté le Canada’s National Observer, Parcs Canada réduira ses dépenses de 450 millions de dollars au cours des deux prochaines années.
Pour les groupes de protection de la nature qui s’efforcent de mettre fin à la pollution plastique, de protéger 30 % des terres et des eaux de la planète et de sauver les espèces animales menacées, cela signifie une perturbation massive de notre planification.
Désolé, pas désolé
Je suis désolé Canada, mais je vais le dire. Ce n’est pas le moment de faire cavalier seul. Ce dont nous avons besoin, c’est que le Canada s’engage comme il l’a fait par le passé. Qu’il montre ce que c’est que de défendre quelque chose.
Il est temps de transformer cette colère en action.
L’action pratique est comme un médicament, alors plutôt que de se sentir accablé et de se retirer, engageons-nous tous à faire quelque chose de bien. Aidez votre voisin, rejoignez une ONG locale ou faites du bénévolat dans un endroit où vous pouvez faire une réelle différence.
Si, comme moi, vous êtes attiré par l’océan, organisez un nettoyage du littoral avec vos collègues, votre famille et vos amis, empruntez le sentier des baleines et signalez les baleines que vous apercevez, venez visiter le Sea Dome de votre communauté ou faites un don à Ocean Wise.
Je vous promets que si vous sortez et agissez, vous ne le regretterez pas !
Lasse Gustavsson est un ressortissant suédois qui vit à Vancouver depuis six ans. Il est président et directeur général de Ocean Wise et leader mondial de la conservation des océans. Ocean Wise a pour mission de construire des communautés qui prennent des mesures significatives pour protéger et restaurer nos océans. Grâce à la recherche, à l’éducation, à l’innovation et à la collaboration, Ocean Wise fait reculer la pollution plastique, la surpêche et le changement climatique.
Posted April 22, 2025 by Nic Schulz